La peste chez les loups

Par: Claude Simard

Dans le royaume des loups,

Déjà depuis plusieurs mois,

La peste semait partout

Son lot de peine et d’effroi.

Ces bêtes pourtant grégaires

Étaient passées solitaires,

Se méfiant de leurs semblables,

Agents du mal incurable,

Qui dévorait de ses feux

Les plus faibles et les plus vieux.

Les malades gémissaient,

Les cadavres s’entassaient.

Affligé de ces souffrances,

Le Roi lança un appel

À tous ses sujets fidèles

Pour piquer leur bienveillance.

Des pourparlers s’entamèrent

Avec les divers compères

En vue de peser le prix

De leur généreux appui.

Citant leur docte savoir,

Les médecins, cela s’entend,

Obtinrent la grosse part

Sans garantie d’engagement.

Clercs et officiers publics,

Brandissant leur sens éthique,

Mendièrent un boni de crise

Avant qu’ils ne fraternisent.

Et même les croque-morts,

Plaidant leur sinistre sort,

Virent se gonfler leur bourse

Pour leur funèbre ressource.

Les goussets bien mieux garnis,

Tous et toutes se vantèrent

Oui ! de leur philanthropie

Que les autres pauvres hères

Seraient forcés de payer

Pendant moult et moult années.


Que peut nous enseigner ce petit apologue ?

Que pourrait en tirer un sage sociologue ?

Que groupes d’intérêt sont meutes égoïstes 

Qui ne sont, à vrai dire, nullement altruistes.

Le gout du bien commun leur semble un maléfice,

Leur seule aspiration étant leur bénéfice.

Mais ils ne doutent point de leur fraternité

Tout aveugles qu’ils sont de leurs infirmités,

Dont oser monnayer la générosité. 



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