De l'amitié

Par: Aprilus

Facebook abuse en qualifiant d’amis nos centaines de contacts. S’il est admis que le cerveau humain a évolué pour «jongler» avec une petite centaine de relations et qu’il peut développer une forme de loyauté envers un groupe restreint – la «tribu» – en revanche, l’amitié est infiniment plus rare.

J’ai sélectionné quelques passages révélateurs tirés du livre Sagesse de Michel Onfray (chapitre Aimer) et en ai produit quelques gribouillis. J’ai voulu tracer un portrait général des tenants et aboutissants de l’amitié. Est-ce que tu me croiras, lecteur, si j’affirme que tout rapprochement avec des personnes existantes ou ayant existé est purement fortuite? C’est possible ça, en création? Créer sans butiner dans nos p’tites existences? Nah! On peut maquiller, pimenter, arrondir, grossir ou atténuer, mais voilà, forcément on pioche dans nos tripes.

Le présent billet est à toute fin pratique thérapeutique et philosophique. Le trépas d’une amitié est douloureux et les remèdes que j’aime à me prescrire se nomment dessin, écriture et quête de sens! N’allez pas y voir l’expression de ressentiment. Sachant qu’on finit tous par composter et que nos sentiments ne sont qu’affaire de particules, rien ne sert d’accorder une importance démesurée à ceux qui ont déçu. En revanche, comprendre est un devoir.

Les extraits :

L’amitié n’est pas faite pour les médiocres.

L’amitié est partage, échange, compagnonnage (…)

Dans l’exercice de l’amitié (il ne faut pas exclure la rudesse) – car dire la vérité est rudesse, quand la flatterie, la dissimulation, le mensonge peuvent tromper si facilement…

C’est donc par affection, par amitié, qu’on dira à son ami où, quand et comment on estime qu’il fait fausse route et qu’il risque de tomber dans le précipice éthique…

En tant qu’elle est vouloir et volonté, l’amitié échappe donc autant que faire se peut aux péripéties qui affectent les faux-biens. Mais elle reste toutefois soumise aux effets du temps, car elle n’est pas une idée inoxydable, une réalité intemporelle, une essence vaporeuse vibrant en dehors de l’histoire, comme le pense Platon.

Elle ne permet pas tout car elle est indexée sur une perspective : elle doit contribuer à la réalisation de la vertu et, plus particulièrement, à la sagesse. L’amitié ne vise donc pas une relation utilitariste et intéressée, mais une éthique de l’entraide pour parvenir au plus haut qu’un homme puisse atteindre : la vie vertueuse, l’existence philosophique, la sagesse existentielle. L’amitié permet, à deux, d’obtenir ce que seul on n’atteint pas : un degré supérieur d’être.

Il faut prendre garde en déposant l’amitié de la remplacer par la haine (…) Si tout cela doit avoir lieu quand même, alors «supportons» ces outrages tant qu’ils sont supportables, et rendons hommage à cette ancienne amitié, tel que celui là seul est en faute qui fait l’injure et non celui qui la souffre.

La confiance ne doit pas se donner sans précautions.

L’ami qui aura été ami dans l’épreuve, celui-là sera l’ami véritable (…)

(…) l’amitié ne peut concerner qu’une infime poignée d’individus et elle n’existe que rarement dans un siècle…

Désherber

Il y a Michel Onfray mais aussi mon ami, Gérald :

L’amitié s’égare trop souvent dans la superficialité égotique et matérialiste, mais le temps et les événements éprouvent l’authenticité dans les relations. En plus, comme c’est le cas pour tous les jardins de ce monde, il faut continuellement désherber.

Pour ma part, j’ajouterais que les chemins vers l’amitié peuvent être cahoteux et l’atteinte d’une sorte d’équilibre de longue haleine. En revanche, une fois que les règles élémentaires d’une relation portant le sceau de l’amitié sont trahies, généralement, la fin ne traîne pas. Si pour un temps les marches arrière demeurent possibles, il est un seuil qui ne peut être franchi. L’aveuglement narcissique devant un chaos sciemment semé, voilà qui disqualifie toute prétention à l’amitié. C’est ce qui tord les viscères et donne envie de vomir.

Ne reste plus qu’à exprimer à l’endroit du fautif un civisme détaché et à réparer chez soi et autour de soi, tant que faire se peut, les dégâts qu’il a causé.

Que le médiocre emporte avec lui ses certitudes, qu’il soit conscient ou non de leur caractère infamant et du déshonneur qu’elles couvent, tout cela n’a, au fond, aucune importance car bien que nous empruntions des chemins différents, nous sommes en route vers le même cimetière. Certains si rendent bercés d’illusions et en proie à la folie, d’autres parviennent à cheminer à peu près drettes dans leurs bottes.

Irrésistible entropie

Ce que nous sommes aujourd’hui peut ne plus être demain (et il en est de même pour nos amis). Dès lors que tu côtoies quelqu’un en proie avec une maladie dégénérative du cerveau, que t’es témoin de l’érosion cérébrale d’un proche, que tu vois un univers voler en morceaux, une personnalité s’effilocher; tu ne peux plus ne pas prendre de recul sur ce que nous sommes. Nous sommes peu de chose. Voilà le caractère apaisant de l’athéisme. Ça enlève un de ces poids!

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