Pour Radio-Canada, faire appel à un blogueur qui propage des faussetés est acceptable

Par: François Doyon

J’aimerais commenter la révision par l’ombudsman de Radio-Canada de ma plainte portant sur la décision du journaliste Claude Brunet de faire appel au blogueur Xavier Camus dans le cadre d’un reportage sur le groupe d’extrême droite Atalante au Québec.

J’ai jugé important de dénoncer le grave manque de rigueur de Radio-Canada, car son site web présentait le blogueur Xavier Camus comme « spécialiste des groupes d’extrême droite au Québec ». Cette appellation trompeuse a été retirée suite à ma plainte, mais je suis revenu à la charge en faisant valoir qu’une maîtrise en philosophie à l’UQAM et un mémoire sur Aristote ne constitue nullement une spécialisation sur les mouvements d’extrême droite. Je trouve inacceptable qu’un journaliste se réfère à un simple blogueur, par ailleurs très contesté quant à ses méthodes d’analyse, alors qu’il existe au Québec des spécialistes universitaires de l’extrême droite tout à fait compétents.

Sans grande surprise l’ombudsman a rejeté ma plainte : « L’enseignant Xavier Camus y a été présenté de manière transparente et honnête, comme le demandent les Normes et pratiques journalistiques. Le choix de faire appel à lui pour parler du groupe Atalante Québec se justifie pleinement par ses connaissances approfondies de cette organisation [qu’est-ce qui prouve qu’il possède des connaissances approfondies sur le sujet?], et par le principe de la liberté de presse que Radio-Canada a le mandat de défendre. »

Il est à noter qu’à ma connaissance, Xavier Camus n’a jamais publié une étude sur les mouvements d’extrême droite dans une publication spécialisée avec comité de lecture.

L’ombudsman rejette ma plainte notamment sur la base du fait que mes opinions politiques s’opposent à celle de Xavier Camus. En effet, sur la page Facebook de Discernement, il y a surtout des textes contre le multiculturalisme, contre une frange de gauche (l’ombudsman dit simplement la gauche) et contre l’extrême droite religieuse. On est loin d’une accusation de xénophobie comme mes détracteurs aiment le croire, et de toute façon cela ne serait pas pertinent. Ma plainte ne portait pas sur l’orientation idéologique de Xavier Camus, mais sur son grave manque de rigueur. L’ombudsman n’a pas à enquêter sur le plaignant!

Xavier Camus n’est certainement pas une source fiable. Qu’on me permette de citer un extrait de la lettre de plainte adressée à Radio-Canada que j’ai signée avec Annie-Ève Collin et Marco Leclerc :

 « Dans un billet paru sur son blogue le 30 septembre 2017, Camus accuse Djemila Benhabib d’avoir menti au sujet de policiers l’ayant mise en garde contre une menace pesant sur un colloque qu’elle organisait le 28 septembre. Il semble clair que Xavier Camus prend pour acquis qu’il s’agissait d’un mensonge, sans avoir vérifié. […] On peut lire par ailleurs dans son billet : “C’est donc avec surprise que j’entendis le témoignage de trois personnes crédibles m’assurant que (1) les policiers ne se sont rendu sur place que pour garder un œil sur ‘l’extrême-droite et La Meute’ (2) le service de sécurité était encore opéré par des amateurs, faisant des fouilles sans permis légaux, et semblaient conseillés par Stéphane Roch en personne, chef des ‘opérations’ de La Meute…” Alors Xavier Camus se base sur le ouï-dire, sur la simple parole de trois personnes ; ce n’est pas parce qu’il prend la peine de les qualifier de crédibles que ce ouï-dire devient une preuve valable de quoi que ce soit. Deux des signataires de cette lettre, étions présents au colloque du 28 septembre, Monsieur Doyon en tant qu’auditeur et Madame Collin en tant que conférencière. Nous sommes donc bien placés pour savoir que les propos d’Éric Émond recueillis par Xavier Camus sont fallacieux : ce dernier prend des incidents et des propos sortis de leur contexte en s’assurant de leur donner une apparence infâme, quand il ne tombe pas carrément dans le mensonge. Cet extrait, par exemple, est un mensonge pur et simple : “Suite à sa non-réponse, j’ai demandé : ‘Vu que vous ne croyez pas que les parents devraient rentrer les enfants d’un si jeune âge dans la religion (en leur mettant un hijab) est-ce que c’est l’avis de ce panel que nous ne devrions pas faire baptiser nos enfants ? Et aucune première communion, confirmation, etc. ?’ Les murmures se sont fait entendre dans la salle, la tension était palpable…” C’est Annie-Ève Collin qui a répondu à sa question, en spécifiant que sa réponse n’engageait qu’elle : elle a répondu qu’en effet, elle considère que les parents devraient s’abstenir d’imposer des rituels religieux et un enseignement confessionnel à leurs enfants et la réaction de la salle, bien loin de murmures laissant croire à une tension palpable, fut un tonnerre d’applaudissements et de cris d’approbation. » (Je souligne.)

Nous avons là un exemple où on voit Camus se baser sur des bavardages pour traîner des gens qui ne pensent pas comme lui dans la boue. Et c’est sans compter toutes les fois où il associe des gens à La Meute sur la base de likes d'une page Facebook.

L’ombudsman affirme que « M. Camus a écrit abondamment sur la question et, comme l’indique la présentation de Claude Brunet, il le fait dans la perspective d’un chercheur ».

On voit ici au grand jour le peu de considération qu’accorde l’ombudsman à la rigueur journalistique. Quelqu’un de consciencieux et d’honnête, et surtout quelqu’un qui mérite le titre de « spécialiste », se donne la peine d’interroger des sources nombreuses, et surtout, variées. Ce que ne fait pas Xavier Camus. Se baser sur des ouï-dire sans les vérifier, ce n’est pas écrire « dans la perspective d’un chercheur ».

Il est vrai que nous n’avons relevé aucune fausseté dans le contenu du reportage de Claude Brunet, tout simplement parce que nous ne sommes pas en position de le faire. Nous ne sommes spécialistes des groupes d’extrême droite, mais nous savons que Camus n’est pas fiable, car il a notamment menti sur un événement auquel Annie-Ève Collin et moi avons assisté.

C’est un fait : Xavier Camus propage des faussetés, point final.

Nous savons maintenant que pour Radio-Canada, le flagrant manque de rigueur d’une source n’est pas une faute journalistique.

On s’en souviendra.



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